Le monde des loisirs

De l’école de Cyrène

On mentionne aussi les caisses de Thèbes, moins insolentes et de bonnes manières, mais aussi un méprisant des biens de ce monde; et Menippus, le faiseur de satires, que Lucien, plus tard, a fait l’interlocuteur le plus divertissant de ses dialogues amusants. Dans une direction opposée, à la même époque, Aristippe, élève de Socrate, comme Antisthène, fonda l’école du plaisir, et soutint que la seule recherche digne de l’homme était celle du bonheur, et qu’il était de son devoir de se rendre heureux. ; qu’en conséquence, ayant été suffisamment prouvé et même évident, que le bonheur ne peut nous venir du dehors, mais doit être recherché en nous-mêmes, il est nécessaire d’étudier pour nous connaître à fond (et cela vient de Socrate) afin de décider quels sont les états de l’esprit qui nous procurent un bonheur durable, substantiel et, si possible, permanent. Or le chercheur et le chercheur du bonheur substantiel est la sagesse, ou plutôt il n’y a pas d’autre sagesse que l’art de distinguer entre le plaisir et le choix, avec une discrimination très fine, ceux qui sont authentiques. La sagesse consiste encore à dominer les malheurs par la maîtrise de soi pour ne pas en être affecté, et à dominer aussi les plaisirs, tout en les savourant, afin qu’ils n’obtiennent pas la domination sur nous; « Posséder sans être possédé » était une de ses devises qu’Horace traduisait ainsi: « Je m’efforce de me soumettre les choses, pas moi-même aux choses. » Cette sagesse éminemment pratique, qui n’est qu’un égoïsme très développé, est celle d’Horace et de Montaigne, et a été exprimée par Voltaire dans des versets parfois heureux.  Aristippe avait pour successeur dans la direction de son école, d’abord sa fille Arété, puis son petit-fils. Les Aristippistes, ou Cyrénaïques (l’école étant établie à Cyrène), méprisaient franchement les dieux, les considérant comme des inventions pour effrayer les femmes et les petits enfants. L’un d’eux, Euhemerus, a inventé la théorie, en partie fausse et en partie exacte, que les dieux sont simplement des héros, des rois, de grands hommes déifiés après leur mort par la gratitude ou la terreur de la population. Comme il arrive souvent, les théories philosophiques étant essentiellement plastiques et prenant la forme du tempérament qui les reçoit, un certain Cyrénaïque (Hegesias) a énoncé la doctrine que le bonheur suprême de l’homme était le suicide. En effet, si l’objet de l’homme est le bonheur, puisque la vie procure beaucoup moins de joies que de peines, la philosophie du bonheur est de se débarrasser de la vie, et la seule sagesse réside dans le suicide. Il ne semble pas que Hegesias ait donné la seule preuve d’une croyance sincère dans cette doctrine qui puisse être donnée par quiconque la professerait.


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